On ne peut pas dire que le cyclisme féminin suisse a une très longue histoire. En 1967, on trouve certes trace d’une Suissesse dans le championnat du monde sur route, en l’occurrence la Neuchâteloise Cosette Québatte, par ailleurs championne suisse de ski de fond cette année-là aussi. Mais il faut attendre le début des années 90, avec l’arrivée de l’aînée de la fratrie Zberg, Luzia, et surtout de Barbara Heeb pour que les premiers résultats probants arrivent. Le 12 octobre 1996, lors des Mondiaux de Lugano, l’Appenzelloise, alors âgée de 27 ans, s’est imposée en solitaire lors de la course en ligne et a revêtu le maillot arc-en-ciel. Grâce à ce succès et à l’argent qu’il lui a valu, elle a pu quitter son emploi à mi-temps et se consacrer davantage au sport cycliste. Mais sans qu’elle réussisse à garnir son palmarès de nouvelles victoires prestigieuses.
Au début des années 2000 apparait Karin Thürig, une athlétique Lucernoise de près de 30 ans, qui va se révéler être une redoutable spécialiste des épreuves contre-la-montre : championne du monde de la spécialité en 2004 et 2005, médaillée d’argent en 2006, médaillée de bronze aux JO de 2004 à Athènes et 2008 à Pékin. Elle a reçu le prix de meilleure sportive suisse de l’année 2004. Après sa carrière cycliste, elle s’est consacrée au triathlon et, en 2011, a remporté la médaille d’or du championnat d’Europe de l’Ironman et la médaille d’argent du championnat du monde de l’Ironman.
L’autre cycliste suisse très en vue des années 2000, c’est Nicole Brändli. Cette Zurichoise née en 1979 a gagné à trois reprises le Giro d’Italia, en 2001, 2003 et 2005, année où elle a porté le maillot rose de bout en bout. Mais c’était à une époque où le cyclisme féminin avait peu l’honneur des médias. Elle a également remporté trois médailles aux championnats du monde, une sur la course en ligne en 2002 et deux en contre-la-montre en 2001 et 2002.
Au milieu des années 2010, Jolanda Neff montre qu’il n’y a pas que sur le VTT qu’elle est très à l’aise. En 2015, elle domine largement la course des championnats suisses, en 2016, elle remporte le Tour de Pologne et termine à un très bon 8e rang de la course sur route des JO de Rio de Janeiro. Elle aurait sans doute pu rivaliser avec les meilleures sur route, mais son amour du vélo a toujours penché du côté du VTT, discipline dans laquelle elle s’est forgée un grand palmarès : championne olympique en 2021, deux titres de championne du monde, quatre de championne d’Europe et trois fois vainqueure du classement général de la Coupe du monde.
C’est en 2017 qu’on voit apparaître deux coureuses jusqu’alors inconnues dans le milieu cycliste : Marlen Reusser et Elise Chabbey. Si la Genevoise s’était déjà fait connaître en participant aux JO de Londres de 2012 en canoë-kayak, la Bernoise n’avait aucun passé sportif notoire. Elle était plutôt engagée politiquement en étant présidente des jeunes verts bernois et venait de terminer ses études de médecine. « Dès l’arrivée de Marlen dans le peloton, on a vu qu’elle avait de grandes qualités de rouleuse », relève Léna Mettraux, ancienne coureuse et entraîneur des M19 filles à Swiss Cycling. En 2017, Marlen Reusser a d’ailleurs nettement remporté le titre national du contre-la-montre et terminé deuxième de la course en ligne.
Dès leur arrivée dans le peloton, Marlen Reusser et Elise Chabbey vont devenir les leaders suisses à un moment où se développe la professionnalisation du cyclisme féminin. La Bernoise, c’est un titre mondial de contre-la-montre en 2025, quatre titres européens de contre-la-montre en 2021, 22, 23 et 25, une médaille d’argent au contre-la-montre des JO en 2021, trois Tours de Suisse en 2023, 25 et 26, Gand-Wevelgem en 2023, A Travers la Flandres en 2026 et quelques titres de championne suisse en ligne et contre-la-montre. La Genevoise, pour sa part, a remporté les Strade Bianche en 2026, le Tour de Romandie et le maillot à pois du Tour de France en 2025 et elle a échoué d’un rien pour l’obtention d’une médaille aux Mondiaux de Kigali.
Dans le sillage de Reusser et Chabbey, Noemi Rüegg s’est révélée en s’imposant notamment dans le Tour Down Under en 2025 et 2026 et sur la première étape de la Vuelta en 2026. Cette année, Petra Stiasny a montré des belles qualités de grimpeuse en gagnant au sommet de l’Angliru lors de la dernière étape de la Vuelta. Et derrière, des jeunes émergent, en particulier Jasmin Liechti et Ginia Caluori. Vainqueures de plusieurs courses cette année, les deux coureuses du groupe Nexetis devraient trouver une place dans des équipes World Tour en 2027.



